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Faut-il
boire un vin jeune pour obtenir un maximum de bienfaits
?
"Il est vrai que
les polyphénols se polymérisent au fil
du temps, par la voie oxydative. Cela n'est pas forcément
grave puisqu'on s'est aperçu que les catéchines
faiblement polymérisées - dimères,
trimères, tetramères - sont très
actives. Ce phénomène de polymérication
se produit dans le vin au fur et à mesure qu'il
vieillit. Dans la mesure où l'on sait que les
grosses molécules sont hors course, il vaut donc
mieux consommer des vins plutôt jeunes".
Michel
Bourzeix
"Au cours de son
vieillissement, le vin se transforme. Un certain nombre
de molécules, notamment les petites, dites monomères,
s'associent avec des molécules plus grosses pour
former des macro-molécules, un processus appelé
stabilisation de la couleur. Les catéchines s'associent
notamment avec les anthocyanes pour former les tannins
condensés, qui s'oxydent au fil du temps, à
travers le bouchon. Les antioxydants s'oxydent et leur
quantité diminue donc avec la vie du produit.
Nous ne disposons
pas d'expérience prouvant que les effets pour
la santé sont moindres avec un vin vieux mais
nous pouvons supposer que des vins plus jeunes, donc
plus riches en matière phénolique, soient
susceptibles de provoquer des effets plus importants.
Il faudrait que des expériences soient menées
sur un vin issu d'un même vignoble, sur plusieurs
années, pour pouvoir l'affirmer".
Dr
Pierre-Louis Teissedre
"Il
n'y a pas de toxicité inhérente à
l'âge d'un vin mais une moindre efficacité
de protection. Cette moindre efficacité laisse
peut-être une plus grande place à l'alcool
qui, lui, n'est pas tellement altéré par
l'âge. Au fil du temps, l'alcool perd donc l'antidote
que sont les polyphénols, c'est-à-dire
ses propriétés antioxydantes".
Pr
Jack Masquelier
Faut-il boire du
vin rouge
?
"Il est clair que le
potentiel antioxydant du vin rouge est plus important
que celui du vin blanc. Des études ont démontré
qu'in vitro, le vin blanc dispose d'un potentiel antioxydant
vis-à-vis des LDL qui est de l'ordre de 4 à
6 %, alors qu'avec le vin rouge, on peut atteindre
80 %. Ce potentiel est lié à une concentration
des polyphénols contenus dans le vin rouge, plus
importante que dans le vin blanc. Cela ne signifie pas
que les composés contenus dans le vin blanc n'agissent
pas mais leur concentration est nettement plus et ils
agissent en fonction de leur concentration. Le raisin
est constitué de la peau, de la pulpe et du pépin.
C'est dans la pellicule que se trouvent les anthocyanes.
La pulpe abrite les acides cinnamiques, et le pépin
les tannins. S'il n'y a pas de macération, donc
de contact entre le jus de la pulpe, la pellicule et les
pépins - comme c'est le cas des vins blancs - alors
on n'est pas susceptible de trouver des teneurs importantes
de tannins et d'anthocyanes. La macération et la
température élevée de fermentation,
qui caractérisent les vins rouges, favorisent l'extraction
des polyphénols.
Dr
P.-L. Teissedre
"Le vin blanc renferme
des polyphénols car il en existe dans la peau.
Cependant, la quantité d'OPC dans un vin blanc
est inférieure de 20 ou 50 fois à celle
d'un vin rouge. Du point de vue hygiénique, l'action
du vin blanc vaut surtout celle de l'alcool et l'antidote,
c'est-à-dire les antioxydants, est loin derrière.
en revanche, pour une consommation non abusive de vin
rouge, la quantité d'OPC semble suffisante pour
constituer un antidote à l'alcool, si l'on raisonne
en termes de protection contre les radicaux libres.
Pr
Jack Masquelier
Les vins blancs peuvent-ils
avoir un effet bénéfique sur la santé
?
"Il existe des polyphénols
dans le vin blanc, qui sont peut-être particuliers
et méritent d'être étudiés.
In vitro les vins blancs sont moins actifs que les rouges,
mais cela n'exclut pas des interactions avec les aliments,
par exemple. Ces interactions peuvent s'avérer
bénéfiques. Une consommation régulière
d'alcool s'inscrit d'ailleurs dans le cadre d'un comportement
alimentaire".
Dr
Denis Blache
La qualité
du vin influe-t-elle sur ses bienfaits ?
"Il faut d'abord
déterminer ce que l'on entend par qualité,
cette notion n'étant pas uniquement organoleptique.
Elle est aussi hygiénique, nutritionnelle et
sanitaire. Pour profiter des bienfaits, il faut que
toutes ces qualités se trouvent réunies".
Michel
Bourzeix
Le jus de raisin apporte-t-il
les mêmes bénéfiques que le vin ?
"Les résultats
d'études sont un peu contradictoires. Les seules
études ayant montré que le jus de raisin
avait des effets bénéfiques concernaient
des quantités importantes de jus de raisin. Une
étude récente sur l'oxydation des LDL
n'a montré aucun effet pour le jus de raisin,
ni pour le vin blanc. La même chose est vraie
pour l'agrégation plaquettaire. Une équipe
a pu démontrer des effets avec le jus de raisin,
mais là aussi les quantités étaient
importantes. L'effet de l'alcool peut donc être
primordial. Le mode de consommation du jus de raisin
diffère aussi de celui du vin, ce qui peut modifier
l'effet de synergie avec les aliments et ainsi de suite.
S'il faut consommer des quantités très
importantes pour obtenir les bienfaits, on ne peut plus
parler de modération".
Dr
Jean-Claude Ruf
Les polyphénols
ont-ils besoin d'alcool pour être actif ?
"L'alcool a ceci
de particulier dans le vin, qu'il sert à préserver
longtemps ses polyphénols. L'alcool est une substance
réductrice qui crée un milieu dans lequel
les polyphénols durent jusqu'à ce qu'un
vin devienne trop vieux, se décolore, se précipite
etc... Il n'en reste pas moins qu'à la dégustation,
on ne peut savoir quelle quantité de polyphénols
renferme un vin puisque l'âpreté est liée
à la qualité des tannins et ce ne sont
pas les tannins qui sont actifs".
Pr
J. Masquelier
"L'alcool
lui-même nécessite d'être étudié
davantage car on sait que plusieurs métabolismes
sont impliqués - oxydatif et non oxydatif - et
ce dernier a été très peu étudié.
Il s'agit là d'un créneau à développer
puisque si les polyphénols peuvent constituer
un "antidote" à l'alcool, il est possible que
les polyphénols ait besoin de l'alcool pour agir.
Une expérience présentée à
un colloque à Paris, portant sur du vin désalcoolisé,
a montré que les effets intéressants de
l'alcool sur les lipoprotéines, notamment les
HDL, n'étaient pas présents. Y a-t-il
des effets qui sont particuliers à l'alcool et
sont peut-être potentialisés par les polyphénols
? Il s'agit vraisemblablement d'une interaction. D'autres
expériences sur des jus de fruits n'ont pas apporté
de résultats probants sur d'éventuels
bienfaits, même avec des ajouts de polyphénols".
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| Que
signifie modération
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"Pour les hommes,
la consommation modérée se situe en
dessous de quatre verres de 12 cl par jour, soit
entre 30 et 35 g d'alcool pur par jour. Pour les
femmes, il existe encore peu d'études sur
le sujet, mais en général on situe
la modération à la moitié de
celle des hommes. Cela s'explique à la fois
par des raisons biologiques, c'est-à-dire
la dégradation de l'alcool par des enzymes
au niveau du foie, et par la corpulence des femmes,
l'alcool étant dissous dans un volume moins
important et l'imprégnation alcoolique étant
donc plus importante. Il ne s'agit pas là
de normes officielles, sauf aux Etats-Unis ou au
Royaume-Uni, mais généralement les
effets biologiques sont observés par des
consommations moins importantes. On manque encore
de données spécifiques aux femmes,
permettant de mesurer l'influence de paramètres
tels l'âge, mais ce sujet peut constituer
un axe de recherche important étant donné
que les femmes sont de plus en plus consommatrices,
et amateurs, de vin".
Dr
Jean-Claude Ruf
"Le ministère
de l'Agriculture et le ministère de la Santé
en Grande-Bretagne ont défini des normes équivalentes
à trois verres ou moins chez la femme et jusqu'à
quatre verres chez l'homme. Je considère que
chez les adultes, ce sont des normes raisonnables pour
la majorité des gens, en sachant que pour certaines
personnes ces niveaux sont trop élevés,
tandis que pour d'autres ils peuvent être dépassés
sans risques. Les gens qui souhaitent boire régulièrement
doivent savoir qu'ils peuvent consommer ces quantités
sans risque et ils le font pour le plaisir. Il est donc
bien de savoir que non seulement à ces niveaux-là,
il n'y a pas de danger mais que cela peut même
être bénéfique chez les sujets à
haut risque, par exemple de maladies cardiovasculaires.
On n'en est
pas encore à la prescription du vin dans
la prévention de certaines maladies mais
si l'on prouvait un effet préventif avec
un ou deux verres de vin par jour - ce que l'on
présume fortement actuellement - je ne serais
pas du tout contre. Pourquoi ne pas recommander
un verre de vin plutôt qu'un comprimé
d'aspirine par jour, qui, bien qu'étant une
prévention cardiovasculaire connue, comporte
des risques, notamment d'hémorragies ou d'autres
problèmes. Personnellement, je n'ai pas de
tabou ni d'ordre moral ni médical contre
une prescription du vin".
Pr
Jean-Marc Orgogozo
"Au vu des différentes
études et des dernières données,
les limites de consommation bénéfiques
semblent se situer à environ deux verres
par jour pour les cancers et jusqu'à trois
verres par jour pour les maladies cardiovasculaires.
Bien entendu ces données devront être
confirmées à l'avenir par d'autres
études".
Dr
Pierre-Louis Teissedre
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