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diffusion des résultats ? |
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Aux
Etats-Unis, la filière vitivinicole n'a pas hésité
à utiliser les conclusions des recherches, divulguées
en "prime time" à la télévision américaine
pour la première fois en 1991 par le Dr Serge Renaud.
Depuis, elle a choisi de véhiculer l'image d'un
mode de vie sain, articulé autour des bienfaits
d'une consommation modérée de vin pour la
santé. En France, où l'alimentation méditerranéenne
représente pourtant une base de communication légitime,
un contexte dans lequel le vin a toute sa place, la filière
se montre encore hésitante, craignant une médicalisation
du débat et invoquant une incompatibilité
entre une communication autour de vin et santé
et la défense des intérêts du vin.
S'il
est vrai que les vignerons s'estiment à la fois
juges et parties, il est vrai aussi qu'au milieu
de cette
réticence, les médias ont fait leur chemin
et d'autres aliments et boissons se sont frayés
un passage
à travers l'attention accordée au vin.

L'AVIS
DE QUATRE CHERCHEURS
Les
effets bénéfiques du vin pour la santé
sont connus depuis fort longtemps. Comment expliquer que
les informations aient mis autant de temps pour parvenir
au grand public ?
"Il est vrai que,
même si la vague médiatique est venue
des Etats-Unis, la recherche fondamentale sur ce sujet
a été effectuée en France, à
l'origine par des chercheurs de Bordeaux, entre autres
le professeur Masquelier, il y a déjà
40 ou 50 ans de cela ! C'est le problème de
la Vieille Europe où il faut attendre trente
à quarante ans avant que les idées nouvelles
parviennent à se réaliser concrètement.
Ce fut le cas, par exemple, avec la technique de la
macération carbonique, découverte en
1935 par Michel Flanzy. Il a fallu trente ans pour
que les gens s'aperçoivent que cette technologie
était bénéfique, réaliste,
qu'elle permettait de faire des vins primeurs, de
rehausser la qualité des vins...".
Michel
Bourzeix
"Même si
en France nous avons une tradition vitivinicole et
que l'alimentation méditerranéenne fasse
partie de notre culture gastronomique, nous avons
du mal, par rapport aux autres pays qui ont mené
des études, à divulguer le message.
Nul n'est prophète en son pays ! Certaines
personnes se sont peut-être caché la
vérité, ou ont voulu être prudentes
parce que le sujet leur paraissait très délicat,
ou le nombre d'études insuffisant. On n'a pas
mis la charrue avant les bufs, en divulguant
le ou les messages avant de disposer de preuves tangibles.
Aujourd'hui, le nombre d'études est important
et on avance sur les quantifications des mécanismes,
même si tout n'a pas encore été
découvert.
Peut-être
beaucoup de gens, notamment dans le Sud, respectaient-ils
déjà tout naturellement les habitudes
alimentaires récemment mises en valeur : le régime
méditerranéen. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui
il faut faire savoir à l'ensemble de la population
que cette façon de s'alimenter représente
une bonne conduite et permet de préparer un troisième
âge dans de meilleures conditions.
Dr
Pierre-Louis Teissedre

L'AVIS
DE DEUX MEDECINS
Un
cardiologue a-t-il des difficultés à faire
passer un message sur vin et santé ?
"Je
pense qu'il existe une certaine disproportion entre
d'une part, le déferlement médiatique
suscité par le Paradoxe français, et d'autre
part la capacité d'acceptation par le corps médical,
très marqué par sa connaissance des méfaits
de l'alcoolisme et par une politique de santé
axée plutôt sur la mise en évidence
des méfaits de la consommation alcoolique et
non pas, pour l'instant, sur ses bienfaits.
Nous avons donc
un message à faire passer, qui n'était
pas évident au départ, mais qui doit
absolument être raisonnable, sans le caractère
tapageur que lui octroie parfois la presse. Il faut
une analyse soigneuse des données scientifiques
pour que nous puissions donner au milieu médical
un message convenable".
Pr
Jean-Louis Medvedowsky
Quelle perception
les médecins ont-ils du vin actuellement ?
"L'émergence des connaissances sur le vin commence
à se faire sentir. Il faut vraiment ne jamais lire
de revue médicale pour ne pas être au courant.
Les travaux internationaux sont régulièrement
rapportés par exemple dans les colonnes du Quotidien
du Médecin. Ceci étant, les articles
sont souvent généralistes et il est certain
que les médecins ont une connaissance insuffisante
des réels effets. L'autre gros problème,
c'est qu'en France on vit encore dans la terreur de l'alcoolisme
du XIXe siècle, et que cela reste un
sujet tabou. Très récemment l'OMS a introduit
la notion qu'une petite quantité de vin pouvait
être bénéfique, c'est un pas que n'a
pas encore franchit la médecine française
dans ses communications officielles. En clair, la médecine
français pense que les bénéfices
qui seraient tirés d'une campagne d'information
en faveur du vin sont plus faibles que les risques de
voir augmenter l'alcoolisme. Entre les deux options, les
médecins choisissent de se taire".
L'intérêt
des médias autour des bienfaits d'une consommation
modérée de vin a-t-il fait évoluer
la perception des médecins ?
"Je n'en
suis pas sûr parce qu'il me semble qu'ils intègrent
ce message comme une notion théorique et mesurent
donc mal l'impact en termes de santé. Il faut dire
aussi que les médecins sont formés davantage
pour prescrire des médicaments que pour faire de
la prévention nutritionnelle et diététique.
Si conseils alimentaires il y a, ils concernent essentiellement
les aliments solides".
Comment faire évoluer
cette perception ?
Il faudrait
une meilleure communication auprès de la centaine
de milliers de médecins en France, soit à
travers des documents qui leur seraient envoyés
individuellement, soit dans des publications spécialisées.
Il faudrait également que lors des Salons ou des
Congrès spécialisés, des communications
soient présentées sur ce sujet, comme c'est
déjà le cas pour le café ou le thé.
Dr
Herve Robert

Est-il "politiquement
correct" pour un chercheur de communiquer les résultats
de recherches montrant des effets bénéfiques
pour la santé d'une consommation modérée
de vin ?
"Depuis
dix ou quinze ans un débat anime la communauté
scientifique et s'articule autour de deux questions
étroitement liées : quelle est la vérité
et que devons-nous dire à la population ? Aujourd'hui,
même les chercheurs les plus réticents
reconnaissent les effets bénéfiques
d'une consommation modérée d'alcool
sur les maladies cardiovasculaires. Il me semble que
la population devrait être informée davantage
afin qu'elle puisse faire ses propres choix.
Les maladies cardiovasculaires
et le cancer figurent au nombre des premières
causes de décès dans de nombreux pays.
Pourquoi les conclusions des recherches n'ont-elles
pas servi à la mise en place d'une politique
de prévention par l'alimentation ?
"Premièrement,
parce que les médecins français redoutent
la médecine préventive. Elle viderait leur
salle d'attente ! Deuxièmement, parce que l'aura
du vin est impure. Le vocabulaire de l'ivresse suffit,
à lui seul, à le démontrer : on décrit
un individu ayant trop bu d'alcool comme "aviné",
quelle que soit la boissons concernée. Cette conception
est enracinée, peut-être parce que pendant
longtemps le vin a représenté la seule source
d'alcool, bien que la bière ait été
produite antérieurement au vin dans nos civilisations.
Même si le vin est cité dans la Bible, une
sorte de malédiction l'entoure.
Ensuite, un changement
de politique n'est pas intervenu parce que l'on soupçonne
tout ce que l'on peut dire sur le vin comme ayant
été payé par le lobby du vin.
En France, on ne peut parler du vin dans les médias
sans perdre son sérieux. On ne croit pas aux
discours scientifiques".
Pr
Jack Masquelier
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